11/12/2006

Conte de Noel de Grand-Papa

Conte de Noël de Grand-Papa
Un Noël de ma jeunesse (par Joseph Levert)

Quand j'étais petit garçon, je demeurais sur une ferme située dans un chemin de côté, canton de Cambridge en Ontario, où nous avions toujours de la neige pour Noël en dépit du temps doux des mois de d'octobre et de novembre. Il survenait un jour ou une nuit magique, en décembre, où le ciel semblait s'ouvrir pour laisser descendre la neige qui, semblable à un duvet d'oiseaux, couvrait en une couche moelleuse le chaume gris et jaune des toits de la maison et de la grange. C'était la température de Noël !

De la cuisine émanaient toutes sortes de bonnes odeurs. Le fourneau du poêle rempli de belles tartes à la citrouille parfumait la maison de mélasse et de cannelle, alors que sur les ronds de poêle, le ragoût de boulettes et le mélange pour les pâtés au poulet nous chatouillaient les narines gourmandes.

Papa avait un pli à travers son front et maman, repoussant une mèche de cheveux de sa main, s'arrêtait cinq secondes et disait : «J'ai donc hâte que ces Fêtes soient passées !», mais nous savions qu'elle en jouissait autant que nous.

Notre chemin était bondé de neige, d'une clôture à l'autre. Lorsque mon père sortait les chevaux et les attelait à une charrue à neige qu'il avait fabriquée lui-même et qui était très utile pour déblayer notre bout de chemin pour aller à la messe de minuit, je regrettais parfois de lui voir briser la couche blanche si moelleuse de la neige sous un ciel gris-bleu et les arbres recouverts de duvet blanc.

Le jour de Noël approchait et il y avait l'examen avec concert à l'école. C'était toujours un grand événement pour toutes les familles : il y avait les Ayotte, les Burelle, les Longtin, les Dupuis, etc., dont les enfant prenaient part au concert. Les uns chantaient des morceaux choisis, d'autres récitaient des dialogues, des poèmes...

Mon oncle Fabien était toujours choisi pour jouer le rôle de président et de maître de cérémonie parce qu'il n'avait pas d'enfant ; il était donc impartial et ne faisait pas d'injustice.

Le concert avait lieu à la vieille école construite en pièces de bois équarries. Le poêle était chauffé à blanc (c'est-à-dire à outrance) ce jour-là ; il avalait des billes de bois de quatre pieds de long et passait rapidement du rouge au blanc.

L'examen et le concert suscitaient toujours une certaine inquiétude chez moi ; j'avais hâte de savoir si j'aurais un ou plusieurs prix. La distribution des prix débuta : les Burelle, les Ayotte furent appelés et reçurent leurs prix.

Tout à coup mon nom fut prononcé. J'étais si anxieux que je ne l'entendis pas tout de suite. Ma mère me donna alors un coup de coude qui me fit sursauter. Je me précipitai en avant, passant par dessus les pieds des unes et des autres. Mon oncle, le président, dit en riant : «Si Joseph ne vient pas chercher ce prix, je le garde pour moi !». Il me semblait que les visages qui me regardaient s'allongeaient démesurément, mes pantalons me paraissaient trop courts et j'avais l'impression que mes jarretières me descendaient sur les talons.

Je reçus mon prix : un beau livre sur la vie de St-François de Salle, un assez gros volume, pour mes résultats en élocution. 

À peine avais-je repris mon siège que j'entendis le président crier mon nom à nouveau pour un autre prix, d'histoire cette fois, encore un gros volume : la vie de Napoléon Bonaparte. Cette fois je me sentais plus à mon aise et moins timide pour aller à l'avant. Les félicitations de l'audience firent battre mon coeur bien fort. Je déposai mes prix sur les genoux de ma mère, puis me jetai dans ses bras pour l'embrasser.

Les préparatifs pour la messe de minuit, un peu plus tard, représentaient un autre événement mémorable pour un petit garçon de neuf ans résidant dans un chemin de côté à cinq mille de l'église.

Il me fallut d'abord prendre un bain dans une cuve au fond de la cuisine puis m'habiller à neuf : pantalons et chemise de flanelle tissée par ma mère. Il me semble sentir encore les picotements de laine rude sur mon épiderme.

Ma mère m'obligea ensuite à m'étendre sur mon lit pour dormir un peu avant de partir pour la messe. Je me couché sur mon lit faisant face à la fenêtre. Je voyais la lune par la fenêtre qui semblait me faire un clin d'oeil... Comment aurais-je pu dormir quand tout semblait conspirer pour m'en empêcher ?

J'entendis ma mère marcher sur le bouts des pieds. Elle venait me réveiller pour partir. Je fis semblant de me réveiller pour ne pas être réprimandé.

Le père avait attelé la jument «Nelly» au «cutter» ; elle piaffait pour prendre la route. Ma mère m'enveloppa d'une bonne couverture ; le froid était vif et la neige craquait sous les pieds. Au son des grelots, nous partîmes bon train vers l'église. La lune semblait nous sourire à travers les arbres silencieux. Personne ne parlait sauf mon père qui, de temps en temps, disait : «Allons, allons Nelly !».

On arriva enfin au grand chemin en même temps que d'autres voitures. Les gens nous criaient en passant : «Joyeux Noël !». Puis, nous atteignîmes l'église, illuminée pour l'occasion par des centaines de chandelles et la lumière blanche des lampes à gaz.

Ma mère me poussa devant elle jusqu'à la crèche où l'Enfant-Jésus reposait sur de la paille fraîche. Nous prîmes nos sièges et, à minuit juste, l'orgue lança sa première mélodie pour l'ouverture de la messe. Le prêtre, accompagné des enfants de choeur, fit son entrée. J'étais ébloui par le chant et la musique ; le décor m'apparaissait superbe.

Alors que tout le monde était silencieux avant la messe, la sortie de l'église se fit dans des exclamations joyeuses ; tout le monde s'échangeait leurs voeux de fêtes.

Nous regagnâmes notre voiture et repartîmes pour la maison au son du carillon des grelots. Et la vieille Nelly reprit son trot pour se rendre à l'étable où l'attendait une portion supplémentaire d'avoine que papa servait à ses chevaux chaque veille de Noël.

«Saint Nicolas va-t-il venir ce soir ?» Ma mère répondit à ma question par une chaude étreinte : «tu verras demain». La maison était bien confortable après cette course au froid, et le père mit une grosse bûche d'érable dans le poêle qui répandait sa chaleur en produisant un ronflement de bon augure.

Le lendemain matin, j'étais le premier debout et, oh merveille de merveilles !, mes bas que j'avais suspendus à la muraille étaient gonflés de bonbons, d'oranges de même que d'un petit cheval de bois et d'un petit chien.

Oh ! quelles joies enfantines... Comme nous étions heureux de «peu» en ce temps-là. Noël, c'était vraiment la fête des enfants...Michele Morgan http://www.michelemorgan.ca

17:31 Écrit par Nicole, Tonnes dans Cuisine | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

C'est déjà Noel ici... ...oui, c'est vrai, c'est tout bientôt...tu as déjà décoré tout ton blog, c'est tout changé dis donc :-)
N'oublie pas si ça te dis, après les fêtes que je coorganise un diner bloggeur le 28 janvier près de Dinant...j'en reparlerais fin de cette semaine...si je suis bien à jour...hum, hum!! :-))

Bonne soirée

Écrit par : Le p'tit randonneur | 12/12/2006

bonjour je trouve ton blog encore plus jolis que avant ...je viens de le survoller mais je n ai pas le temps de tout lire mais promis je reviendrai un peu plus tard ...

bonne journée a toi
a trés bientot

Écrit par : tal | 13/12/2006

bonjour ma douce! Très belle histoire et chez moi aussi je commence noël.
Milieu de semaine un peu gris mais illuminé le soir c’est agréable.
Connais tu MOUSCRON en Belgique ?
Bonne et douce journée à toi.
Bisous tendresse.

http://cedricangel.skynetblogs.be

COCO !


Écrit par : COCO ! | 13/12/2006

Bonsoir Très gros bisous
Félicitation pour cette merveilleuse histoire de Noel
Déjà je vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année

CRICRI

Écrit par : CRICRI | 04/12/2007

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